TOMATES ET NIRVANA

Me promenant en dehors de mon quartier, je voulais vérifier le prix du kilo de tomates. Alors que j’arrive devant sa charrette en bord de route, voilà que le marchand recouvre sa marchandise d’une sale toile plastique. En pleine heure d’affluence. Les autres acheteurs potentiels ne semblent pas s’étonner. Je regarde autour de moi pour comprendre et aperçois un attroupement dans la petite rue en face. Un gros tas de fleurs apparaît entre toutes les jambes. Je m’avance. Sous les fleurs jaunes et oranges, un cadavre, qu’une maison du bidonville vient de sortir devant le seuil de sa porte, sur la rue. C’est un vieux, son bonnet blanc sur la tête, les yeux plissés et la bouche grand ouverte comme si la mort lui avait marché sur le pied avant de l’emporter. Le reste des préparatifs se termine sur le pavé, on ficelle le corps au brancard en bambou, on ajuste le col de sa chemise, on l’asperge d’eau parfumée, l’encens enfume la rue, on vient le saluer, offrir une prière. Quelqu’un s’arrête à mon côté, un sac plastique à la main, sans doute un membre de la famille avec plus de couronnes de fleurs, non c’est un sachet d’ordures, un curieux qui allait à la poubelle la plus proche.

Bientôt les mâles proches du défunt vont lentement soulever le vieil homme et l’emmener à pied jusqu’au crématorium, sur leurs épaules. Tout au long de ce dernier voyage, un fils ou un frère à l’avant du cortège jettera des pétales, des larmes et du riz cru, comme pour lui indiquer le chemin, devant celui qui nous a quittés.

Le Parti du Congrès a massivement gagné les élections.

J’ai oublié de demander le prix des tomates.

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